• 99 - Seconde lettre envoyée aux PDG de radios généralistes

    99 - Seconde lettre envoyée aux PDG de radios généralistes

    Monsieur,

    Vous êtes à la tête d’une entreprise bien vile, et vous êtes méprisable. La vocation populaire, généraliste de votre radio est l’aveu secret de la réussite du label «mauvaise qualité». Les couleurs de la médiocrité sont portées très haut. Chez le peuple de veaux qui tend quotidiennement l’oreille vers votre station, l’ineptie a acquis ses lettres de noblesse. Et sur une mer de vaguelettes un vent modéré mais certain vous pousse vers votre île rêvée, qui est également le rêve commun des auditeurs avides de «trucs géniaux», de «salut, comment ça va ?», de «gens sympas» de «chouettes musiques», et autres pollutions verbeuses de la même espèce. <o:p></o:p>

    Vous êtes à la tête d’une entreprise d’aliénation des foules. Vous vous faites le complice d’un terrorisme culturel, insidieux et criminellement sucré. Comme une coupe de poison à effet progressif, une coupe bordée de miel. Sous les apparences de la légèreté, de la «bonne humeur», véritable argument-arme qui vous assure l’adhésion du gros des troupes populaires, vous blessez le bon goût, vous détruisez les véritables richesses de l’esprit, vous tuez l’élégance. A travers les ondes vous semez au vent de la mode, dans l’air du temps, tout autour de vous et à des centaines de kilomètres à la ronde des germes qui provoquent la dégénérescence des esprits, comme le ferait une méchante radio-activité sur des cellules exposées. L’activité de votre radio est hautement dangereuse, Monsieur.<o:p></o:p>

    Publicités au ton outrancier, de la pire vulgarité, politique de la moyenne, émissions bas de gamme (je veux dire populaires, ce qui revient au même), apologie de la «bonne humeur» bêtifiante, abrutissement sur tous les registres, promotion des arts mineurs, du cinéma commercial : derrière l’étendard sanctifié de la liberté d’expression tout est fait pour générer une implacable régression intellectuelle. Ce qui forme une agression mentale, un attentat psychologique permanents, le tout dilués dans la médiocrité culturelle générale déjà présente chez le peuple français qui somnole. Et tout passe, les veaux boivent le lait distillé par les ondes et beuglent avec les animateurs. <o:p></o:p>

    Cet odieux conditionnement quotidien des masses, ce nivellement des esprits vers le bas n’honorent pas vos fonctions, Monsieur. Je sais bien, votre station n’a pas pour vocation d’apporter la culture. Et c’est bien là qu’est le noeud de l’affaire. Sous prétexte de faire dans le divertissement, dans le généraliste, vous faites dans la basse culture, dans l’intellectualisme au rabais, dans la sensibilité la plus moyenne -qui est la plus grossière-, dans la pensée populaire (standardisée selon les critères du monde du show-business, généralement). <o:p></o:p>

    Bref, vous faites dans la nullité totale. Et le malheur, c’est qu’avec la dragée dorée de la référence aux valeurs ambiantes, vous avez l’assentiment de ceux qui vous écoutent, incapables de juger, de critiquer : ils sont à vous, ils ont même leur carte de fidélité greffée sur leurs neurones avachis. Ils engrangent scrupuleusement l’ineptie débitée et achètent la babiole proposée, que cette dernière soit une grosse voiture ou bien le contenu d'une gamelle pour chiens. La vulgarité triomphe sous votre règne, le verbiage étant la loi de votre maison. <o:p></o:p>

    Je vous suppose assez intelligent, assez cultivé, Monsieur, pour ne pas adhérer à l’esprit de cette radio qui déblatère sous votre insigne autorité. Pour être directeur d’une si importante maison (sur le plan des responsabilités humaines et économiques), il faut être largement au-dessus d’une certaine culture de masse. Ici vous êtes le serviteur de votre porte-monnaie et de la cause commune, c’est votre métier. Sur ce plan uniquement tout est louable, honorable. J’ose simplement espérer que vous n’êtes pas intimement convaincu par la grotesque orientation de votre station de radio, même si vous n’avez par ailleurs nul scrupule pour en être le cerveau. Ce que je vous reproche, c’est de contribuer à répandre la peste culturelle, au nom de votre réussite sociale. <o:p></o:p>

    A moins que vous ne soyez pas plus apte à la pensée que les auditeurs dociles et peu exigeants de cette radio que vous dirigez, je vous propose de répondre objectivement à mon courrier. L’univers du baratin et du superficiel ne parvient pas, Monsieur, à me contaminer. Aussi je vous serais reconnaissant, si vous en avez l’honnêteté, de me tenir un discours à l’opposé de l’éloquence radiophonique ordinaire, sotte, vaine, niaise.<o:p></o:p>

    Je méprise profondément la bassesse de votre fonction, et me félicite de ne point ressembler au peuple de bovins qui tète à votre antenne. Je vous dis que vous avez mon mépris. Rendez-le-moi bien, je vous en prie. <o:p></o:p>

     


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